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Le Syndrome de l'Intestin Irritable, c'est quoi ? (SII)

Thème associé : Syndrome de l'intestin irritable, Colopathie fonctionnelle, IBS, SII-M, SII-D, SII-C, SII-U, FODMAP


Introduction : Syndrome de l'Intestin Irritable


Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est une pathologie multifactorielle touchant plus de 5 % de la population, dont certains mécanismes et causes restent encore mal compris et font toujours l’objet de recherches.


Il résulte principalement d’un dysfonctionnement de l’axe cerveau–intestin, entraînant des troubles de la motricité du transit et une hypersensibilité intestinale.  On observe ainsi une grande hétérogénéité des symptômes chez les patients, en fonction du type de SII et des autres facteurs impliqués dans cette pathologie. Il n’existe donc pas de protocole de prise en charge unique : le SII nécessite une approche individualisée, au cas par cas, et pluridisciplinaire.


Causes et mécanismes impliqués dans le SII


Dysfonctionnement de l’axe cerveau–intestin


L’axe cerveau-intestin, pour faire simple, correspond au système de communication entre le système nerveux central et le système nerveux entérique, et l’intestin (on appelle souvent le « second cerveau »). Dans le cadre du SII, on note un dysfonctionnement au niveau de ces communications, provoquant donc des altérations de la motricité intestinale (message d’accélération ou de frein amplifié par exemple), ou encore une perception de la douleur dans les intestins augmentée (hypersensibilité intestinale). Regardons ça de plus près :


  • L'Hypersensibilité intestinale :

Cette sensibilité augmentée est un mécanisme central dans les douleurs ressenties par le patient en cas de SII. On note ici une activation accrue des récepteurs à la douleur, qui provoque donc un inconfort et une sensibilité à des stimuli indolores pour un sujet sain. La distension intestinale, pourtant normale et bénigne dans le cadre de la digestion, peut alors provoquer des douleurs, ainsi que la sensation de ballonnements, etc.

Il est important de préciser qu’on parle ici d’une douleur fonctionnelle ressentie : même si la douleur peut être intense, voire handicapante, il n’y a pas de création de lésions, d’inflammation prononcée, ou d’autre altération de la muqueuse. D’où l’absence d’anomalie visible lors des examens d’exploration.


Mais attention : cette douleur n’est ni psychologique ni « dans la tête ». Même si le cerveau est impliqué dans les mécanismes de perception, la douleur est bien réelle.


  • Trouble de la motricité du transit :

Pour ce mécanisme, il ne sera pas forcément lié à la douleur directement, mais jouera plutôt sur des symptômes plus démonstratifs, dirons-nous. Cette anomalie dans la communication provoque ou accentue les troubles du transit : on notera donc des tendances plus conséquentes à la diarrhée, à la constipation, ou encore à une alternance des deux, résultant du changement de vitesse du transit, et potentiellement de la difficulté ou, au contraire, de la trop grande efficacité de la réabsorption de l’eau par le côlon.

Ces désordres du transit nous amènent à catégoriser le syndrome de l’intestin irritable en plusieurs sous-catégories afin de pouvoir mieux agir durant la prise en charge :


  • SII-D : Prédominance de la diarrhée

  • SII-C : Prédominance de la constipation

  • SII-M : Alternance des deux

  • SII-U : Ne s’identifie à aucun des trois précédents


En fonction de la sous-catégorie dont le patient souffre au moment de la prise en charge, il faudra suivre le protocole adapté. Car, je pense que vous le comprenez très bien, on n’agit pas de la même manière en cas de diarrhée que lors d’une constipation.


Altération du microbiote intestinale (Dysbiose)


Bien qu’il ne s’agisse pas d’une cause spécifique, on observe très souvent une altération du microbiote (flore intestinale) chez les patients souffrant de SII. Dans ce genre de cas, cette dysbiose peut être un facteur clé d’entretien, voire d’amplification des symptômes ; il est donc pertinent de l’évoquer et de la prendre en compte durant la prise en charge.

Si l’on fait rapidement le tour des causes possibles d’une altération du microbiote, on peut citer :


  • Suite à un événement infectieux comme une gastro-entérite, qui peut, malgré un traitement, modifier de façon durable la composition bactérienne. On parle alors de SII post-infectieux.

  • Facteurs alimentaires : manque de fibres (prébiotiques : nourriture pour les bactéries), surconsommation de produits ultra-transformés, régimes restrictifs, intolérance aux FODMAP, qui peuvent d’ailleurs beaucoup jouer sur l’aspect fermentaire et donc sur la distension intestinale par la création de gaz (cf. article sur les FODMAP).

  • Traitements médicamenteux, comme les antibiotiques, connus pour leur effet « Kärcher » sur le microbiote par exemple.


Bref, cette dysbiose agit ici sur la fermentation intestinale, qui peut devenir excessive et, par conséquent, provoquer des gaz et une distension intestinale douloureuse en cas d’association avec une hypersensibilité intestinale, mais aussi une activation immunitaire de bas grade en cas d’altération de la perméabilité intestinale. Tout cela entretient donc la persistance des ballonnements ressentis, de la douleur abdominale, des troubles du transit et la grande variabilité des symptômes entre les patients.


Altération de la perméabilité intestinale et inflammation de bas grade


Fortement liée aux parties précédentes, moins fréquente mais observable chez certains patients, on peut retrouver une altération de la barrière intestinale, de manière locale et limitée, pouvant laisser entrer des bactéries présentes et ainsi entretenir une inflammation locale de bas grade. Cette altération est souvent plus fréquente chez les personnes soumises au prochain point, à savoir le stress ou l’anxiété.


Stress chronique et anxiété


Le stress agit directement sur la motricité intestinale, la perméabilité de la barrière intestinale et la composition du microbiote. Cette altération résulte de l’action combinée du cortisol (hormone du stress), du système nerveux autonome et de l’activation mastocytaire.  Les mastocytes sont des cellules du système immunitaire, impliquées notamment dans les réactions allergiques, qui libèrent de l’histamine et d’autres médiateurs. Lorsqu’ils sont activés, ils peuvent augmenter la perméabilité intestinale et la sensibilité à la douleur.


Le stress n’est donc pas seulement un facteur déclenchant des symptômes, mais également un modulateur biologique du microbiote. Il joue un rôle central dans le SII et ne doit pas être négligé, ce qui explique la prévalence et l’intensité accrues de cette pathologie dans les populations stressées et anxieuses.


Comment reconnaître le Syndrome de l'Intestin Irritable


Diagnostiquer un syndrome de l’intestin irritable n’est pas chose facile, car les symptômes qui lui sont liés sont non spécifiques ; il n’y a donc pas de symptôme direct qui nous orienterait à coup sûr vers cette pathologie. De plus, comme vous l’avez maintenant compris, le SII n’est pas une pathologie « type » avec un profil de patient unique, mais une pathologie à très grande variabilité de symptômes, que ce soit sur leur type, mais aussi sur leur intensité.

Un autodiagnostic est donc fortement déconseillé afin de ne pas passer à côté d’une pathologie bien plus grave.

Le diagnostic devra donc être posé par votre médecin ou votre gastro-entérologue, suite à une analyse globale de votre situation, et après avoir écarté toute pathologie plus grave.


Ce diagnostique pour les curieux repose sur la présence de douleurs abdominales récurrentes, survenant en moyenne au moins 1 jour par semaine, au cours des 3 derniers mois, associées à au moins 2 des critères suivants :

  • Relation avec la défécation

  • Modification de la fréquence des selles

  • Modification de la consistance des selles

Les symptômes doivent avoir débuté au moins 6 mois avant le diagnostic.

Hors signe d'alarme présent (si présence besoin d'examen supplémentaire, risque accru d'autres pathologie) :

  • Amaigrissement involontaire

  • Anémie

  • Fièvre 

  • Rectorragies

  • Symptômes nocturnes

  • Douleurs nocturnes persistantes

  • Antécédents familiaux de MICI ou cancer colorectal

  • Début après 50 ans

Pour la classification du sous type SII on utilisera ce tableau dérivé de Rome IV.

Type de SII

Caractéristique

Bristol

SII-C

Prédominance à la constipation

≥ 25 % de types 1 et 2

< 25 % de types 6 et 7

SII-D

Prédominance de la diarrhée

≥ 25 % de types 6 et 7

< 25 % de types 1 et 2

SII-M

Forme mixte (alternance des deux)

≥ 25 % types 1–2

≥ 25 % types 6–7

SII-U

Non classé, patient cochant le diagnostic mais dont les selles de type 1 à 2 et 6 à 7 sont rare

Échelle de Bristol + Critère de Rome IV (constipation & diarrhée)
Télécharger l'échelle de bristol : Usage professionnel

Symptômes du Syndrome de l'intestin irritable (SII)


Rappel : les symptômes sont non spécifiques au SII. Dans le cadre d’un SII, on ne notera pas de lésions ni d’inflammation avancée. Le SII fonctionne par poussées d’intensité variable (souvent en rapport avec un facteur déclenchant comme le stress, qui est fortement présent dans cette pathologie). Chaque patient peut avoir des symptômes différents et d’intensité variable, d’où la difficulté du diagnostic.

Symptôme les plus courants :

  • Douleur abdominale chronique et fluctuante (localisée : zone périombilicale, hypogastrique) supérieur à 1 fois par semaine

    • Souvent soulagée par la défécation

    • Absence de douleur nocturne 

    • Modification de la fréquence et consistance des selles

  • Troubles du transit intestinale 

    • Constipation (SII-C)

    • Diarrhée (SII-D)

    • Alternance des deux (SII-M)

  • Ballonnement et distension abdominale

    • Sensation de ventre gonflé 

    • Potentiel douleur (hypersensibilité)

    • Souvent aggravés : post repas, fin de journée et durant une période de stress

Autres symptômes fréquents associés :

  • Borborygmes (bruit dans le ventre)

  • Flatulences excessives

  • Mucus dans les selles (sans sang)

  • Sensation de digestion difficile 

  • Gêne post-prandiale

  • Fatigue chronique

  • Céphalées

  • Troubles du sommeil

  • Anxiété, stress

  • Fibromyalgie

  • Troubles urinaires fonctionnels


Prise en charge nutritionnelle du Syndrome de l'intestin irritable


En cas de diagnostic posé par le médecin, la prise en charge nutritionnelle dépendra de votre sous-type de SII du moment.

Rappel : cette pathologie nécessite un accompagnement personnalisé, il n’y a donc pas de protocole parfait commun. Les conseils exposés ici ne remplacent en rien les recommandations de votre diététicien. Si vous souffrez de SII, prenez rendez-vous avec votre diététicien afin de démarrer une prise en charge spécifique à votre cas (consultation pouvant être prise en charge par votre mutuelle).

1ʳᵉ intention

Pour tous les SII, nous commencerons toujours par la mise en place de consignes simples, afin de créer un socle de travail correct en première intention. Veillez donc à travailler les points suivants :

  • Correction de l’équilibre alimentaire

  • Régularisation des repas / fractionnement alimentaire (fonction du cas)

  • Prendre le temps de manger, manger assis, bien mastiquer

  • Correction de l’hydratation : 1,5 L minimum + 1 verre supplémentaire par épisode de diarrhée (SII-D)

  • Ne pas manger juste avant de se coucher (attendre au minimum 2 h après le repas)

  • Limitation : café, thé, alcool, édulcorants (sorbitol, xylitol…), épices

  • Éviter la surconsommation de graisses (repas trop gras)

Je vous l’avais prévenu, ce sont des points simples à conserver, quel que soit le type de SII par la suite.


2ᵉ intention

Si ces modifications ne suffisent pas à stabiliser la situation, on entrera alors dans la seconde intention, avec une prise en charge spécifique à la sous-catégorie.

Recommandation : SII-D (prédominance à la diarrhée)

  • Enquête alimentaire spécifique, carnet alimentaire, analyse des récurrences, et de la présence de FODMAP.

  • Mise en place du protocole FODMAP, suivi par un Diététicien (cf. Article FODMAP)

Autres axes d’améliorations :

  • Gestion du stress (relaxation, respiration)

  • TCC si anxiété digestive marquée

  • Activité physique régulière

Recommandation : SII-C (prédominance à la constipation)

  • Augmentation des fibres solubles (complément possible en psyllium), sans excès et progressivement. 

  • Diminution des fibres insolubles si douleurs ou ballonnements. 

Autres axes d’améliorations :

  • Gestion du stress (relaxation, respiration)

  • Activité physique régulière ++

  • Positionnement durant la journée

Recommandation : SII-M (mixte) et SII-U (non commune)

  • Même première intention que : SII-D et C

  • Adapter selon la phase (D ou C)

  • Identification des déclencheurs personnels

  • Mise en place du protocole FODMAP Adapté, fortement conseillé, suivi par un Diététicien

  • Éviter les exclusions non justifiées

Autres axes d’améliorations :

  • TCC fortement indiquée

  • Relaxation, pleine conscience

  • Activité physique régulière

  • Approche globale du mode de vie

Des médicaments peuvent également vous êtes prescrit par votre médecin en fonction de vos symptômes : Antispasmodique, laxatifs osmotiques (macrogol), Lopéramides, Psyllium (complément en fibre soluble), probiotique ...


Fiche professionnelle – Les FODMAP
En savoir plus

Évolution du Syndrome de l'Intestin Irritable


Le syndrome de l’intestin irritable est une pathologie évolutive. Le type et l’intensité des symptômes peuvent donc varier selon les périodes. Même s’il s’agit d’une pathologie dite bénigne, car elle n’occasionne pas de lésions intestinales, d’inflammation ni n’augmente le risque de cancer, l’impact des symptômes et de la douleur reste important sur la qualité de vie.


Les évolutions suite à une prise en charge restent néanmoins, dans la majorité des cas, salvatrices pour les patients, avec une forte diminution des symptômes, mais surtout une meilleure compréhension de leur pathologie via l’éducation thérapeutique et alimentaire. On reste toutefois dans le cadre d’une pathologie chronique : les symptômes peuvent donc revenir par périodes.

Si vous pensez souffrir du SII, parlez-en à votre médecin.


Conclusion sur le Syndrome de l'intestin irritable


Le syndrome de l’intestin irritable est une pathologie chronique “bénigne”, dont l’évolution est variable d’une personne à l’autre. S’il ne met pas en jeu le pronostic vital, il peut toutefois impacter significativement la qualité de vie. Une prise en charge individualisée, progressive et adaptée à l’évolution des symptômes permet, dans la majorité des cas, d’obtenir une amélioration durable et un meilleur contrôle de la maladie au quotidien.


Retrouver également ce format en vidéo directement, si vous préférer écouter que lire. 

FORMAT RÉCAP EN VIDÉO (Pour ceux qui n'aime pas lire ;) )

Auteur : Pouteau Nicolas Diététicien Nutritionniste sur Orléans (Saint-jean-le-blanc)



Source bibliographique :

Recommandations médicales 

RecoMédicales. Syndrome de l’intestin irritable : recommandations.

(Consulté en Janvier 2026)


Assurance Maladie (Ameli) 

Assurance Maladie. Syndrome de l’intestin irritable : reconnaître la maladie.

(Consulté en Janvier 2026)


INSERM

Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM). La « rage au ventre » : c’est quoi le syndrome de l’intestin irritable ?

(Consulté en Janvier 2026)


VIDAL

VIDAL. Syndrome du côlon irritable : causes.

(Consulté en Janvier 2026)


Société Nationale Française de Gastro-Entérologie (SNFGE)

SNFGE. Syndrome de l’intestin irritable (SII).

(Consulté en Janvier 2026)


MSD Manuals

MSD Manuals. Syndrome de l’intestin irritable (SII) – Causes et mécanismes.

(Consulté en Janvier 2026)


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